Meeting de rentrée au Parvis Montparnasse

Intervention de Bernard Thibault

Rentrée 2006

Vous participez, aujourd’hui à Paris, au premier des rendez-vous de rentrée de la CGT. Partout dans le pays, des meetings, des assemblées, des réunions de syndiqués, de salariés vont nous permettre de construire une rentrée dynamique.

Ce meeting nous le plaçons sous le signe de la jeunesse, de la rencontre et de la mobilisation de toutes les générations. Il nous faut poursuivre et amplifier l’élan que nous a donné la bataille commune contre le CPE, cultiver l’état d’esprit de rassemblement, de combativité et de responsabilité qui nous a tous conduit à la victoire.

Aujourd’hui le jeunisme est à la mode, tout le monde veut « s’approprier » la jeunesse, y compris ceux qui ont proposé ou soutenu le CPE ! Ces postures n’ont rien de commun avec les liens solides qui se sont forgés dans les luttes du printemps entre les jeunes, les salariés et les retraités, entre la CGT et les organisations syndicales étudiantes et lycéennes.

La participation à ce meeting de Bruno pour l’UNEF et Karl pour l’UNL en témoigne.

La victoire contre le CPE ne met pas un terme à l’action pour faire reculer la précarité. En cette rentrée, nous voulons poursuivre, dans l’unité la plus large, la dynamique du printemps pour, cette fois, mettre fin au Contrat nouvelle embauche, ce contrat injuste qui a toutes les caractéristiques du CPE. Nous ne devons pas laisser perdurer le droit donné aux employeurs de pouvoir licencier selon leur bon plaisir.

Il est urgent d’entendre l’exigence des jeunes de construire une société plus juste et plus solidaire en France, en Europe et dans le Monde, de répondre aux attentes sociales en matière d’éducation, d’emploi, de logement, de réduction de la précarité, de salaires.

Les annonces du gouvernement en cette rentrée ne sont pas de nature à répondre à l’ampleur des difficultés auxquelles sont confrontés les jeunes de notre pays et plus largement à celle des salariés.

Jeunes lycéens, étudiants, salariés, vous êtes évidemment l’avenir de notre pays et vous avez largement prouvé aussi que vous êtes l’avenir du syndicalisme ! Je vous le dis d’emblée : la CGT a compris qu’elle devait être tout entière mobilisée pour vous permettre de construire un syndicalisme qui réponde à vos attentes. C’est une des priorités qui fonde les efforts de modernisation et de transformation que notre organisation a décidé de développer.

Nous allons y mettre toutes nos forces car, comme nous l’avons affirmé, « ce n’est pas aux jeunes de s’adapter au syndicalisme, mais au syndicalisme de s’adapter aux jeunes ».

Pour y parvenir, nous avons besoin de vous !

Je vous lance un appel :

- Syndiquez vous pour défendre vos droits et en conquérir de nouveaux,

- Syndiquez-vous pour construire un syndicalisme puissant et actif, pour construire la démocratie sociale moderne dont notre pays à besoin.

- Syndiquez-vous plus nombreux pour prendre votre avenir en mains, sans cela ce seront toujours les mêmes qui décideront, à votre place, du sort qui vous sera réservé dans les entreprises.

Le syndicalisme fait maintenant l’objet de toutes les sollicitudes. Tout le monde s’accorderait à le vouloir fort ! Même les employeurs se sont donné pour but de concilier l’inconciliable ! Pourtant ils ne rechignent jamais à mettre en cause les droits et libertés syndicales, c’est plus fort qu’eux ! La casse du droit du travail, la mise en cause des 35 heures, le développement de la précarité, les discriminations…là non plus ils ne peuvent pas résister à la tentation ! Quant à l’augmentation des salaires, ils y sont génétiquement réfractaires !

Oui, notre pays à besoin de syndicats forts. Cela dépend de l’engagement de chaque génération de salariés. Il faut renforcer les syndicats pour que les salariés soient plus exigeants, plus nombreux dans les mobilisations, plus forts pour gagner de véritables négociations.

Ce n’est pas de l’absence d’une « culture du dialogue social » dont souffre notre pays, mais de l’absence d’une volonté du patronat de s’engager dans des négociations sociales concrètes et d’un gouvernement complice voire avocat des thèses patronales.

En cette rentrée, les revendications sociales ne manquent pas, il reste à les prendre en mains, à les animer, à créer les conditions pour que, sur chaque lieu de travail, ce qui doit être à l’ordre du jour c’est une amélioration de la situation faite aux salariés.

Les revendications en matière de pouvoir d’achat, d’emploi, de service public sont urgentes.

Et qu’on ne nous réponde pas que l’on verra tout cela plus tard, après les élections présidentielles.

Comme moi, vous percevez sans doute cette musique de fond qui laisse entendre que ce n’est pas le moment et que ça n’est pas possible.

L’expérience syndicale nous enseigne que pour les employeurs ça n’est jamais le moment et jamais possible de traiter des revendications. Sauf lorsque nous sommes suffisamment nombreux, suffisamment unis, suffisamment déterminés pour dire ça suffit ! Maintenant vous devez négocier !

C’est donc en continuant à faire son travail syndical, en toutes circonstances, que la CGT entend contribuer de façon ouverte et indépendante aux débats politiques et de société.

Pour l’heure, nous avons donc le souci, avec vous, d’amplifier la mobilisation en cette rentrée.

L’intensité de la bataille contre la privatisation de Gaz de France témoigne de ce à quoi nous sommes confrontés. Je le redis solennellement devant vous : rien ne justifie le choix du gouvernement de privatiser GDF. Notre pays, les usagers, les salariés seront les premières victimes sacrifiées sur l’autel des intérêts des actionnaires de Suez.

Qui peut imaginer, ne serait-ce que deux secondes, que cela n’aurait pas comme conséquence une augmentation des tarifs du gaz ? Qui peut affirmer sérieusement qu’en organisant un désengagement de l’Etat du capital de l’entreprise publique, qu’en diluant GDF dans un groupe privé, la sécurité d’approvisionnement serait mieux assurée ?

Aucun des arguments du gouvernement ne tient une minute. Tous sont uniquement inspirés par les litanies usées et dangereuses du credo libéral. Les questions énergétiques appellent une autre hauteur de vue compte tenu de leur caractère essentiel pour la vie de tous. C’est la raison pour laquelle la CGT milite pour la création d’une agence européenne de l’énergie et pour la constitution, en France, d’un pôle public de l’énergie permettant de nouer les alliances nécessaires entre les différents acteurs au bénéfice des citoyens.

Vous verrez que ceux-là mêmes qui, hier, juraient qu’ils ne privatiseraient pas GDF, seront les mêmes qui, demain, annonceront la privatisation, à son tour inévitable, d’EDF.

Les conséquences en seraient considérables !

Très majoritairement les salariés de GDF ont exprimé, jeudi dernier lors d’un vote, leur opposition à cette privatisation. Hier, ils ont participé nombreux à la puissante journée d’action contre cette privatisation. Tout commande que nous élargissions encore cette mobilisation au nom de l’intérêt général.

Chers camarades,

L’économie française souffre de l’insuffisance du pouvoir d’achat des 22 millions de salariés actifs et des 10 millions de retraités. Une large partie d’entre eux ne dispose pas des revenus nécessaires à une vie décente, notamment parmi les plus jeunes et les femmes qui constituent la majorité de ce qu’il est convenu d’appeler les « travailleurs pauvres ». Depuis trop longtemps les salaires ont décroché par rapport à l’augmentation de la productivité, depuis trop longtemps la part qui revient aux revenus financiers mange le pouvoir d’achat en même temps qu’elle compromet l’investissement productif.

Nous l’avons dit et les études récentes le confirment, une grande partie des salariés de notre pays est en voie de smicardisation. La situation est de plus en plus inégale et injuste. Alors que les salaires des PDG n’en finissent plus d’exploser, parfois jusqu’à l’indécence, la France se situe au 14ème rang européen pour le salaire médian des salariés. 50 % gagnent moins de 1 500 euros nets par mois.

Les augmentations des frais de transport, des dépenses de logement, de celles liées au chauffage, aux études ou à la santé s’accumulent au point que le pouvoir d’achat se réduit pour une majorité de salariés.

Annoncées fin août, les mesures du gouvernement en matière de pouvoir d’achat sont en trompe l’œil. Elles ne répondent pas aux besoins et ne sont qu’une laborieuse tentative pour désamorcer la grogne. Il y avait déjà le chèque sans provision et le chèque en bois. Alors que les salariés sont assommés par la hausse des prix des transports, le gouvernement vient d’inventer le chèque transport facultatif !

Nous devons rétablir la vérité sur ces annonces. En laissant au seul bon vouloir des entreprises l’application de ses mesures, le gouvernement botte en touche.

Des augmentations de salaires peuvent être obtenues directement par l’action, les révisions de grilles doivent être exigées et négociées. Ensemble, nous devons mettre partout ces revendications à l’ordre du jour et organiser la mobilisation en recherchant l’unité la plus large. C’est le plus sûr moyen d’être entendu lors de la Conférence sur les revenus en fin d’année.

Le niveau de chômage et la précarité dans l’emploi demeurent à un niveau inacceptable. Ne nous laissons pas berner par les effets de manche qui accompagnent les tours de passe-passe statistiques et l’inflation des emplois précaires.

2/3 des emplois créés aujourd’hui sont des emplois de moins de 6 mois et le taux de chômeurs indemnisés continue de régresser. Près de 6 millions de salariés ne disposent pas d’un emploi leur permettant de vivre décemment. Il n’y a pas de quoi se réjouir !

Ne vous méprenez pas, ceux qui pensent que l’on a tout vu se trompent. Dans les milieux autorisés, comme l’on dit, il y a encore des idées ! Il faudrait assouplir le contrat de travail, il faudrait étendre le contrat nouvelle embauche à toutes les entreprises, leur imagination n’a pas de limite !

L’instabilité et la précarité ne sont pas les conditions de la croissance et de la création d’emplois. Elles en sont l’obstacle. Ce que l’on nous présente comme une fatalité n’est que le choix de gestion fait par la très grande majorité des employeurs, le choix de faire peser tous les risques sur le salarié, le choix de se défausser sur la solidarité nationale au nom de la liberté d’entreprendre.

Nous savons que d’autres combats sont à mener pour l’avenir de la protection sociale et des retraites.

Personne ne peut raisonnablement penser que l’on puisse bâtir l’avenir économique de la France et de l’Europe sur un modèle aussi bancal, aussi brutal et injuste. Et pourtant, ce système rapporte. Ce sont 26 milliards d’euros d’argent public distribués aux entreprises au nom de l’emploi. Où sont les résultats ? Même la Cour des comptes pose les questions que nous portons depuis des années.

Fusions, privatisations, délocalisations, restructurations continuent à ruiner le tissu industriel. L'entreprise est un terrain économique et idéologique que nous devons disputer au patronat qui en use, aux actionnaires qui en abusent. Les salariés doivent être habilités à intervenir sur les choix stratégiques qui conditionnent le long terme des entreprises et de l’emploi.

Sur ce point, pour la première fois et je veux saluer cette décision, un tribunal français vient de reconnaître la responsabilité pénale d’un employeur – ALSTOM en l’occurrence – pour « mise en danger de la vie d’autrui ». Ce principe, qui s’applique au Code de la route, méritait bien de s’imposer dans le Code du travail ! Ce combat est pourtant loin d’être gagné, mais nous pouvons nous appuyer sur cette décision pour aller plus loin.

Garantir conjointement la protection de l’environnement et la santé des citoyens et des salariés est une dimension essentielle de notre combat pour le développement durable.

Pour agir ensemble face au patronat, nous devons être conscients de tout ce qui est entrepris, tout ce qui est diffusé pour diviser les salariés.

Diviser pour régner, voilà un vieil adage qui peut encore fonctionner !

On veut opposer les fonctionnaires aux salariés du privé. Les plus jeunes aux retraités. Les bien portants à ceux qui sont malades. Les chômeurs à ceux qui ont un emploi. J’ai même entendu qu’on opposait maintenant les chômeurs des villes aux petits paysans des campagnes !

C’est dans ce registre que l’on veut opposer le travailleur français au travailleur immigré.

L’été 2006 a été celui des expulsions à CACHAN.

Le sort fait à ces familles s’inscrit totalement dans le déni des droits humains les plus élémentaires. La plupart des expulsés travaillent dans notre pays parfois depuis de nombreuses années, comme beaucoup d’immigrés avant eux.

Ce qui avant tout autre chose n’est pas acceptable, c’est qu’en France, en 2006, puissent subsister, dans une large impunité, un esclavage moderne, des filières d’exploitation de main d’œuvre corvéable à merci.

Pour nous, en France, tous les salariés, quelle que soit leur nationalité, doivent voir leur dignité et leur droits sociaux fondamentaux respectés.

Nous ne pouvons nous résigner à ce que les préjugés racistes et xénophobes contaminent la société au point que certains aspirants à l’élection présidentielle les flattent pour constituer ou arrondir leur clientèle électorale.

Le syndicalisme a l’impérieux devoir de combattre le racisme et la xénophobie, notamment là où personne ne peut le faire à sa place, dans l’entreprise et dans les relations de travail, en développant toutes les formes d’action solidaire contre toutes les discriminations.

Chers camarades,

Vous-mêmes, dans les entreprises, êtes les meilleurs artisans pour ce que nous avons à construire ensemble.

La victoire contre le CPE est une bonne fondation pour bâtir les droits sociaux du futur.

Alors, partout, installons des syndicats, formons de jeunes responsables, élaborons les cahiers de revendications et allons de l’avant par des actions unitaires dans tous les secteurs professionnels.

Le succès de ce rassemblement est un encouragement à ne pas rester immobiles.

Ayons confiance en nous, ayez confiance en vous et vous verrez qu’ensemble, unis et déterminés, de grandes choses sont possibles.